Bilan des Utopiales 2024

Skelets numériques

Première publication le 03/11/2024
Dernière modification le 03/11/2024
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Avancement: non-précisé
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Bilan des Utopiales 2024

J’étais à la première édition des Utopiales, un festival international de l’imaginaire. Il se déroulait à Nantes, du 30 octobre au 3 novembre.

Recommandations

L’un des premiers objectifs, c’était de faire exploser ma pile à lire. Je me suis donc baladé avec un carnet; quand je croisais quelqu’un qui avait un peu de temps, je lui demandais une recommandation de livre, BD ou film. Pas besoin d’être dans le thème. C’est aussi un excellent brise-glace (surtout que le carnet en question est une tablette à encore électronique, ça suscite la curiosité).

Voici la liste, la plupart sont déjà ajoutées comme envies de lectures sur mon compte Bookwyrm.

Découverte d’une autrice: Ketty Steward

Grosse découverte de Ketty Steward qui a remis en place pas mal de choses sur la question de la pluralité, et la limite des concepts comme la diversité et l’incusion. Ça rejoint des réflexions passées sur la notion de décentrage des luttes en politique. Inclure quelqu’un dans un espace qui n’est pas conçu pour lui manque un peu de sens. Ce qu’il faut, c’est décentrer le centre de gravité des activités. Il en va de même pour la “représentativité” aux Utopiales. Ketty est, avec Michael Roch, un des très rares auteur·ices racisés présents aux tables rondes auxquelles j’ai assisté. Mais il existe une tension. Quand ils sont invités, ces auteur·ices ont-iels la latitude d’exprimer leur opinion sur le racisme, la transphobie et le sexisme ambiant? Et si iels souhaient parler d’autre choses, qu’iels n’ont pas envie de devoir négocier leur humanité et parler de leurs passions?

Des conférences stimulantes, mais trop courtes

Les tables rondes du festival étaient organisées suivant différentes thématiques: l’harmonie, la paix, et un cycle de conférence autours de la nouvelle d’Ursula K. Le Guin “Ceux qui quittent Omelas” (elle est très courte et Monsieur Phi en a fait une lecture). La plupart des conférences seront disponibles via podcast.

J’ai beaucoup apprécié la conférence de Cléo Collomb, qui expliquait pourquoi cette nouvelle n’était pas un banal dilemme du tramway; la difficulté d’y décrire la paix et un défi lancé aux lecteur·ices d’imaginer quelque chose en réponse à Omélas. Elle y a aussi résumé une théorie de la fiction développée par Le Guin: l’opposition des fictions “panier” et “lances”. La fiction “lance”, prédominante dans nos imaginaires, c’est celle des chasseur·euses de mammouth pendant la préhistoire qui racontent leurs épopées héroïques, pleines de sang, de héros et de retournements de situation. C’est la lance qui projette l’énergie vers l’extérieur. La fiction “panier”, c’est l’histoire de celleux qui cueillent, produisent et entretiennent le camp. C’est le panier dans lequel on met des choses, qui prend de l’énergie de l’extérieur vers l’intérieur.

J’abandonne progressivement des croyances que j’avais sur la question de la paix et la recherche d’harmonie et d’absence de conflit. Je me dirige sur le chemin de pensée qu’un monde sans conflit est difficilement faisable (produit d’une lutte des classes, races et genres). Dans la table ronde intitulée “Une Paix Étouffante”, Saul Pandelakis disait qu’il lui semblait plus intéressant de travailler sur des concepts comme la justice; plus actionnable que la paix.

Dans la conférence sur la Guerre comme facilité narrative, la modératrice (la sémillante DoctriZ) a avancé l’analogie que beaucoup de récits guerriers étaient du point de vue des “bourgeois” de la guerre: nobles, généraux, administrateurs. On a eu des exemples de récits de guerre à travers le regard de troufions. De résistants. Voire d’exilés, de gens paralysés par le conflit qui doivent malgré tout vivre. Tout en recherchant des exemples de situation hors guerre: les oeuvres de Becky Chambers semblent tout à fait appropriées.

La conférence sur la pluralité en SF a remué beaucoup de choses chez moi. La fatigue de devoir négocier sans cesse son existence comme une personne publique d’un des intervenants, Pascal Raud, m’a beaucoup touché. C’est dans cette table ronde que le même Pascal a parlé de la fiction d’autochtones au Canada. Les peuples autochtones ont déjà vécu la fin du monde; ils ont dû apprendre la langue du colon pour écrire leur passé, pour ensuite écrire leur futur.

Finalement, le problème de la majorité des conférences, c’est qu’on allait pas assez loin dans la proposition.

Un curieux mélange entre festival de fan et festival professionnel

J’ai assisté à pas mal d’événements professionnels. Généralement, l’objectif est de faire la promotion de son travail et de rencontrer des gens pour de futures collaborations. Pour la plupart de ces événements, le travail d’organisation et de service est effectué par des professionnels. Aux Utopiales, on m’a dit que si l’organisation était gérée par la cité des Congrès de Nantes, les bénévoles s’occupaient du travail effectif (vestiaire, ticketerie, bar, circulation des micros, orientation des visiteur·ices).